Moments d'Histoire

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Top 10 des expressions tirées de l'Histoire

« Se faire limoger », « être sur la sellette » ou encore « travailler au noir », on connaît tous ces expressions françaises de la vie courante. Mais elles ont toutes un point commun ! Leur sens est emprunté à l’Histoire. Le sens de ces expressions tirées de l’Histoire s’est déployé dans un tout autre contexte, parfois il y a des siècles. Pourtant, on utilise toujours ces expressions héritées de l’Histoire aujourd’hui. Alors, remontons un peu dans le passé pour comprendre l’origine de ces expressions historiques et l’évolution de leur sens. Dans cet article, découvrez 10 expressions tirées de l’Histoire ! 

L’expression « travailler au noir » signifie travailler illégalement ou de façon dissimulée. Cependant, « travailler au noir » n’a pas toujours eu ce sens. Mais d’où vient cette expression tirée de l’Histoire ? Pour en cerner l’origine, il faut remonter un peu le temps, jusqu’au Moyen-Âge.

Dans la France du Moyen-Âge, la religion catholique était omniprésente et ses principes et règles régnaient dans quasiment tous les foyers. De la noblesse aux paysans en passant par les chevaliers, on vénérait l’oeuvre de Dieu, considéré comme le Créateur. Selon la Bible, Dieu aurait créé, en plus des 7 jours de la semaine, le jour et la nuit. Le jour serait réservé au travail, la nuit au repos. Il était ainsi formellement interdit de travailler la nuit. D’ailleurs, cette règle s’applique également sur le champ de bataille : pas de combat la nuit. Dans la religion catholique, la nuit était considérée comme dangereuse car tout un tas de créatures quasi-maléfiques y rôdaient. Le chat en est un exemple. Bref, c’est de là que vient l’expression « travailler au noir », au sens de travailler la nuit, ce qui était illégal et interdit.

Les dés sont jetés

Tout le monde connaît cette expression, les plus téméraires la scandant en latin : alea jacta est. Mais savez-vous que cette expression proviendrait de la bouche du fin stratège et grand général romain Jules César ?

En 58 avant notre ère, Jules César est nommé pro-consul de la province romaine en Gaule, que l’on appelle la Narbonnaise. Voyant les tensions qui règnent au sein de la Gaule, il décide de se lancer à sa conquête. De 58 av J.C. à 51 av J.C., César assoit sa domination sur la Gaule, dont le point culminant intervient en 52 avant notre ère, lors de la bataille d’Alésia face aux Gaulois menés par le célèbre Vercingétorix. La grande conquête de la Gaule fait de César un général auréolé de gloire et de prestige, de quoi inquiéter le Sénat romain et son ennemi juré, Pompée. Peu de temps après sa victoire sur les Gaulois, César est ainsi déclaré ennemi public par le Sénat et est interdit de franchir le Rubicon , fleuve qui marquait la limite entre l’Italie romaine et la Gaule Cisalpine. Confiant et désireux d’affronter son ennemi Pompée, César outrepasse les ordres. Avant de franchir le fleuve en janvier 49 av J.C., César aurait lancé cette formule pour le moins laconique : alea jacta est.

Jules César
Portrait de Jules César

Jurer comme un templier​

Jurer comme un templier signifie proférer un blasphème. De façon tout à fait évidente, cette expression est héritée de l’histoire des Templiers. 

Les Templiers sont des chevaliers appartenant à l’ordre militaire des Templiers, qui a agit au cours des croisades, pour protéger les pèlerins en Terre Sainte. Seulement, bien après les croisades, aux alentours du XIVe siècle, leur réputation devint très mauvaise. La vérité sur certains de leurs agissements commençait à se répandre. Vols, pillages, massacres, autant d’actes qui ont entaché la réputation des Templiers, alors même qu’ils étaient connus pour être de preux et valeureux chevaliers. C’est pour cette raison que Philippe le Bel, roi de France de 1285 à 1314, a cherché coûte que coûte à démanteler l’ordre. Même s’il y a des raisons politiques évidentes en jeu, il ne faut pas négliger le fait que le roi voulait très certainement mettre la main sur le trésor des Templiers, que l’on disait immense. Quoiqu’il en soit, en 1310, il fait arrêter 54 templiers qui sont torturés puis emmenés au bûcher. De là, est venue l’expression « jurer comme un templier ».

Être le dindon de la farce

Nous connaissons tous cette expression pour le moins amusante, qui désigne le fait d’être victime d’une farce, d’une plaisanterie ou encore ridiculisé. Cette expression puise ses origines dans l’Histoire et plus précisément au Moyen-Âge.

Au Moyen-Âge, l’art oral était très répandu, en particulier à travers de petites histoires racontées. C’est le cas notamment de ce qu’on appelle les comédies bouffonnes médiévales, aussi appelées les farces. La farce met bien souvent en scène un monde un peu grotesque où les personnages sont souvent ridiculisés et grossiers. L’expression « être le dindon de la farce » est tirée d’une comédie bouffonne appelée Les Pères Dindons. Dans cette dernière, des pères sont ridiculisés de façon grotesque par leurs fils et sont présentés comme des individus crédules et bien souvent simples d’esprit. Ainsi, ils étaient « les dindons de la farce ». C’est de là que vient l’expression. 

Noeud gordien

Dire d’une situation qu’elle est un noeud gordien revient à dire qu’elle est un problème insolvable, une situation sans issue. L’origine de cette expression remonte à des temps anciens. Il faut se pencher du côté de la mythologie grecque ! 

Dans la mythologie grecque, il existe un homme, nommé Gordias (aussi appelé Gordios ou Gordius), qui avait pour seules richesses un petit lopin de terre et deux bœufs accrochés à son char au moyen d’un noeud très complexe. À son époque, la Phrygie, ancien pays d’Asie mineure, était en proie à des troubles politiques du fait de l’absence d’héritier à placer sur le trône. L’oracle annonça alors que le roi de Phrygie arriverait sur un char. Peu de temps après, un homme arriva en Phrygie sur un char : c’était Midas, fils de Gordias. Midas devint ainsi roi de Phrygie. Son char, qu’il hérita de son père, fut en quelque sorte sanctifié et devint un symbole majeur pour les Phrygiens. Le char attira l’attention de tout le monde, tant le noeud qui reliait le joug et le timon était sophistiqué. On en voyait ni la fin ni le commencement. C’est ainsi que le noeud du char de Gordias devint célèbre. De là, l’expression « noeud gordien » toute situation inextricable. 

Alexandre le Grand tranchant le noeud gordien
Alexandre le Grand brisant le noeud gordien

Pour l’anecdote, la légende raconte que celui qui réussirait à briser le noeud deviendrait maître de l’univers. D’après certains contemporains, Alexandre le Grand serait parvenu à le couper au IIIe siècle avant notre ère. Mais tout cela appartient au domaine de la légende.

Coup de Jarnac

Un coup de Jarnac fait référence à un coup brutal, vif et inattendu. On utilise volontiers l’expression pour désigner un coup traître, pernicieux, dans le dos. Mais à l’origine, c’était un peu différent. Il faut remonter au XVIe siècle. 

Pour comprendre le sens de l’expression, il faut s’intéresser à la vie de Guy Chabot, baron de Jarnac, petite ville du sud-ouest de la France, du temps du roi Valois François 1er. Guy Chabot apparaissait comme un homme riche et souvent habillé très élégamment. Seulement, des rumeurs circulèrent rapidement à son égard, à propos de l’origine de cette richesse. Le dauphin de France, Henri, futur Henri II, fit courir le bruit que le baron de Jarnac tirerait sa richesse de la générosité de femmes, en échange de quelques faveurs. Quand les rumeurs parvinrent à ses oreilles, Guy Chabot s’indigna et voulut prouver la fausseté des propos tenus. En l’absence de preuves, un duel judiciaire est organisé. Henri envoie un de ses proches combattre, pour ne pas prendre le risque d’y perdre la vie et de plonger le royaume dans des problèmes de succession. Le futur roi envoie son ami François de Vivonne, réputé pour ses qualités d’escrimeurs. Le duel a lieu le 10 juillet 1547 au château de Saint-Germain-en-Laye. Au cours du combat, Guy Chabot parvint à toucher l’arrière du genou de son adversaire, lequel fut blessé. Le baron de Jarnac abrégea ses souffrances et le tua. Ainsi est née l’expression « porter un coup de Jarnac ».

Victoire à la Pyrrhus

Une victoire à la Pyrrhus désigne une victoire militaire remportée au prix de lourdes pertes humaines, à tel point qu’elle équivaut une défaite. Cette expression, comme on peut s’en douter, fait écho à la vie de Pyrrhus.

Entre 280 av J.C. et 275 av J.C., Pyrrhus, roi d’Épire, région des Balkans, mène une guerre en Italie contre les Romains, en réaction à leur politique expansionniste, entre autres. Seulement, Pyrrhus, dont le souhait était certainement de fonder un nouvel État grec, s’enlise dans des conflits sanglants et aux conséquences humaines très lourdes. L’armée de Pyrrhus subit des pertes colossales, qui contraignirent les plans du roi d’Épire. Finalement, les victoires sur les Romains ont plus affaibli Pyrrhus qu’autre chose, le contraignant à renoncer à son entreprise et de repartir sur ses terres. C’est ainsi que l’on qualifie de victoire à la Pyrrhus toute victoire qui est aussi coûteuse qu’une défaite.

Pyrrhus
Pyrrhus, roi d'Épire

Être sur la sellette

Être sur la sellette ne présage rien de bon. Cette expression signifie se retrouver dans une situation inconfortable, désagréable, dans laquelle on est soupçonné voire accusé. Il faut remonter à l’Ancien Régime pour en trouver l’origine. 

Dans la France de l’Ancien Régime, une sellette était un petit tabouret, très bas, sur lequel s’asseyait l’accusé au cours d’un interrogatoire. Cette position était humiliante et inconfortable car l’individu n’avait pas de dossier pour s’adosser. L’objectif était que l’accusé apparaisse comme faible et sans défense. La sellette est ainsi devenue un instrument essentiel dans les procès criminels de l’Ancien Régime. Si l’expression avait, fut un temps, un sens juridique, elle n’en conserve aujourd’hui que la métaphore. 

Faire la tournée des grands ducs

Faire la tournée des grands ducs est une expression qui signifie, sortir, faire la fête et dépenser sans compter sans argent. Cette définition trouve ses racines en France, mais faisait référence à des ducs russes. Remontons au XIXe siècle. 

Au XIXe siècle, Paris attirait beaucoup les riches aristocrates des pays européens, tels que les ducs russes. Ils aimaient dépenser leur argent dans la Ville-Lumière et déambuler dans ses rues la nuit pendant de longues heures. Depuis les travaux menés par le célèbre baron Haussmann, la ville était remplie de bars, de cabarets et de plein d’autres lieux de plaisir. Ainsi, les ducs russes, mais aussi d’autres pays européens appréciaient y venir et y dépenser leur argent. D’où l’expression « faire la tournée des grands ducs ». 

Se faire limoger

Se faire limoger signifie être démis de ses fonctions. Autrement dit, viré. Pourtant au départ, le sens de l’expression était légèrement différent. Alors découvrons-le !

À l’été 1914, l’Europe est mise en branle par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Dès les débuts de la guerre, l’Allemagne remporte d’importants succès sur la France, permettant d’enfoncer un peu plus le front, qui s’étalait grosso modo de Dunkerque à Mulhouse, en passant par Reims et Nancy. Les échecs de l’armée française irritent le chef de l’état-major, un certain Joseph Joffre. Conscient que certains cadres de l’Armée manquent de zèle et se révèlent incompétents, Joffre décide de faire un peu de tri et de démettre quasi 40% des cadres de l’Armée de leurs fonctions. Ils sont tous envoyés à l’arrière du front, dans différentes zones du pays, dont la ville de Limoges. Ainsi est née l’expression « se faire limoger », autrement dit être démis de ses fonctions et être envoyé à Limoges. Notons toutefois que tous n’étaient pas envoyés dans la ville de la porcelaine, et même pour ceux qui y étaient, ils n’étaient pas obligés d’y rester.

Portrait de Joseph Joffre
Joseph Joffre

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