Moments d'Histoire

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La bataille de Bouvines

Un soleil d’été brûlant baignait les plaines de Bouvines en ce 27 juillet 1214, lorsque les clairons retentirent, annonçant le choc imminent de deux armées aux destins liés. Philippe II, le roi de France, se tenait aux côtés de ses chevaliers, prêt à défendre son royaume contre une redoutable coalition : les forces d’Otton IV, empereur du Saint-Empire romain germanique, alliées aux troupes anglaises de Jean sans Terre et à celles de puissants seigneurs révoltés. La campagne de Bouvines était bien plus qu’une simple bataille ; elle symbolisait l’affrontement de puissances déterminées à façonner l’avenir du continent. Ce jour-là, à Bouvines, la France allait se battre pour son unité, et le jeune royaume prendrait un tournant décisif dans l’épopée de sa construction. Plongez avec moi dans le récit de la bataille de Bouvines ! Bonne lecture !

Plantagenêts contre Capétiens

Avant d’arriver à Bouvines, remontons au siècle précédent. En octobre 1154, de l’autre côté de la Manche, un bouleversement se prépare : Henri II Plantagenêt est couronné roi d’Angleterre, emportant avec lui un souffle nouveau, mais menaçant, pour le royaume de France. À ses côtés, la flamboyante Aliénor d’Aquitaine, duchesse au charme et à l’influence redoutables, ceinte d’une nouvelle couronne royale. Ce mariage, cependant, n’est pas sans remous : Aliénor n’est autre que l’ancienne épouse de Louis VII, roi de France. Leur union brisée laisse derrière elle une Aquitaine arrachée à la couronne capétienne pour venir renforcer l’éclatante puissance d’Henri II. 

Henri II d'Angleterre
Henri II d'Angleterre

Grâce à ce mariage stratégique et à l’héritage des Plantagenêt, Henri II règne sur un empire impressionnant, s’étendant de l’Angleterre aux confins de la moitié occidentale des terres franques. Pourtant, sur le sol même de France, il demeure vassal du roi, une condition humiliante pour un souverain aussi puissant. Ce paradoxe cristallise les tensions : un empire qui menace l’existence même de la dynastie capétienne, ouvrant ainsi un chapitre sanglant de l’histoire, que les historiens nommeront plus tard la première guerre de Cent Ans. C’est surtout à partir de 1189 que la situation va s’envenimer, entre deux remarquables souverains : Philippe II, fils de Louis VII, roi des Francs depuis 1180 et Richard Coeur de Lion, fils d’Henri II et d’Aliénor, qui prend la succession de son père à sa mort en 1189. La suite des évènements est digne d’un récit de chevalerie. 

Philippe II et Richard Coeur de Lion

Après une deuxième croisade peu glorieuse pour le roi franc et éprouvante pour le roi anglais, les deux souverains se retrouvent sur leurs terres, face à face, pour croiser le fer une bonne fois pour toutes. Philippe II, guerrier redoutable imprégné des plus belles valeurs de la chevalerie, face à Richard Coeur de Lion, dont le nom reflète le courage inébranlable. Ainsi se dresse le décor : un royaume de France ébranlé, mais porté par l’espoir et la ténacité d’un roi à la hauteur des plus grandes légendes. 

Richard Coeur de Lion
Richard Coeur de Lion
Philippe II
Philippe II

Pendant près de 10 ans, Philippe et Richard se livrent des batailles sans relâche. Si le roi de France est un stratège habile et tenace, c’est pourtant son rival anglais, maître dans l’art de la guerre, qui domine la scène. En 1194, Richard inflige une défaite cinglante à Philippe lors de la bataille de Fréteval, non loin de Vendôme. Dans un geste aussi symbolique que cruel, il s’empare des précieuses archives royales françaises et les réduit en cendres, frappant ainsi au cœur la mémoire et l’autorité de son adversaire.

Le destin, pourtant, réserve une fin tragique à ce roi-chevalier. En 1199, alors qu’il tente de réprimer une révolte à Châlus, près de Limoges, Richard est atteint par un carreau d’arbalète à l’épaule. La blessure s’infecte, et, malgré toute son audace et sa vaillance, il s’éteint, laissant derrière lui un trône orphelin et une guerre inachevée. Mais la disparition de Richard ne marque pas la fin des hostilités entre Plantagenêt et Capétiens. Jean sans Terre, son frère cadet, reprend les rênes de la dynastie anglaise, bien que son tempérament et ses capacités militaires n’aient pas l’éclat de son prédécesseur.

Jean Sans Terre : nouvelle némésis de Philippe II

Pour Philippe II, la roue du destin commence à tourner. Son habileté stratégique lui permet de porter des coups décisifs à son rival affaibli. En 1204, après un siège acharné, il reprend la Normandie et s’empare de la forteresse imprenable de Château-Gaillard, symbolisant la chute du pouvoir Plantagenêt en terres franques. À la suite de ce siège mythique, les trois-quarts de l’empire Plantagenêt s’effondrent et basculent dans le domaine royal de Philippe II. C’est à ce moment que Philippe, alors roi des Francs (rex francorum) devient rex franciae, roi de France. Cependant, Jean sans Terre, bien qu’affaibli, refuse de capituler. Cherchant des alliés pour renverser la situation, il tend la main à l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Otton IV, ainsi qu’aux comtes de Flandre et de Boulogne. Ensemble, ils élaborent une manœuvre en tenaille destinée à écraser Philippe une fois pour toutes.

Jean débarque avec ses troupes à La Rochelle en février 1214 puis remonte la vallée de la Loire. C’est le fils de Philippe, le futur Louis VIII le Lion qui part à la rencontre des Anglais. En juillet 1214, les alliés de Jean sans Terre sont arrêtés par Philippe près de Bouvines. Le 27 juillet, les deux armées croisent le fer. Une bataille pour sauver le sort d’un royaume, une bataille pour créer une légende, celle de Philippe Auguste.

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Le dimanche de Bouvines

Bataille de Bouvines : forces en présence

En 1214, après des années de reconquêtes ponctuées de batailles acharnées, Philippe II s’apprête à affronter son plus grand défi. Face à lui se dresse l’empereur romain germanique Otton IV, bien décidé à enrayer la montée en puissance des Capétiens. Conscient des enjeux, le roi de France mobilise l’ost, cette armée féodale rassemblée par ses vassaux, et part à la rencontre des forces coalisées d’Otton IV.

Otton IV
Otton IV

La menace qui pèse sur Philippe II est considérable. La coalition ennemie réunit l’empereur romain germanique, les Anglais, les Flamands et bénéficie même du soutien du pape Innocent III. Ce dernier reproche à Philippe d’avoir répudié son épouse légitime, Ingeburge de Danemark. Ainsi, c’est presque toute l’Europe qui semble vouloir briser la puissance capétienne. Pourtant, le roi de France peut compter sur le soutien de plusieurs grandes maisons féodales, telles que le duché de Bourgogne ou le comté de Champagne, pour qui une domination germanique représenterait une menace directe. En revanche, les terres récemment revenues sous la couronne française, comme le Maine, l’Anjou ou la Normandie, restent en retrait et ne répondent pas à l’appel.

Face aux 10 000 hommes de l’armée anglo-germano-flamande, Philippe II aligne environ 7 000 combattants. Une infériorité numérique indéniable, mais contrebalancée par une détermination farouche et une solide organisation. La bataille qui s’annonce marquera un tournant décisif dans l’histoire de la France médiévale.

Le déroulement de la bataille de Bouvines

L'arrivée à Bouvines

Nous y voilà. En ce dimanche 27 juillet 1214, les plaines de Bouvines, non loin de Lille, se préparent à accueillir une bataille dont l’issue redéfinira l’équilibre des puissances en Europe. Pourtant, selon la morale chrétienne, le combat en ce jour sacré aurait dû être reporté. Mais l’empereur Otton IV, indifférent aux injonctions papales, donne l’ordre d’attaquer, déterminé à écraser les ambitions capétiennes.

Philippe II déploie son armée avec précision. Les chevaliers, piliers de la force féodale, occupent le centre, tandis que l’infanterie, équipée de lances et de boucliers, sécurise les flancs. Bien que positionnés en avant de la rivière Marque, ce qui pourrait se révéler risqué en cas de repli nécessaire, les Français bénéficient d’un avantage stratégique : un bois protège leur gauche, tandis qu’un marais rend leur droite difficile à contourner, limitant les manœuvres ennemies.

Batailles de Bouvines
La bataille de Bouvines, par Horace Vernet (1827)

L'héroïsme de Philippe II

Face à eux, Otton IV mise sur sa supériorité numérique et la fougue de ses alliés anglais et flamands pour submerger les forces françaises. Lorsque le combat commence, le fracas des armes et les clameurs guerrières envahissent le champ de bataille. Les premières offensives de la coalition semblent donner l’avantage à Otton. Au centre, les contingents germaniques enfoncent les lignes capétiennes jusqu’à menacer directement Philippe II. Encerclé, le roi semble pris au piège.

Enluminure montrant Philippe Auguste face à Otton IV à la bataille de Bouvines (Grandes Chroniques de France, Bibliothèque nationale de France, Fr. 2813, fol. 253. Vers 1375)
Enluminure montrant Philippe Auguste face à Otton IV à la bataille de Bouvines (Grandes Chroniques de France, Bibliothèque nationale de France, Fr. 2813, fol. 253. Vers 1375)

C’est alors qu’une scène mémorable se serait jouée. Des chevaliers français, animés d’un courage exceptionnel, auraient brisé leurs rangs pour former un rempart humain autour de leur souverain. Selon les chroniques, Philippe, après avoir chuté, serait parvenu à se relever et à remonter en selle, affichant un calme impressionnant malgré la fureur des combats. Ce geste galvanise ses troupes, redoublant leur détermination.

La victoire franque

La bataille, déjà acharnée, atteint son paroxysme. Les lignes ennemies vacillent sous la pression des Francs. Le tournant survient sur le flanc droit, où le duc de Bourgogne, Eudes III, mène une charge décisive, brisant les rangs flamands et désorganisant la coalition. Voyant son armée se défaire, Otton IV choisit la fuite, abandonnant ses alliés à leur sort. Les Flamands, désormais isolés, sont encerclés et subissent une défaite cuisante. Guillaume de Longue-Épée, principal lieutenant d’Otton, est capturé, tout comme de nombreux nobles de la coalition.

Lorsque le soleil se couche sur les champs de Bouvines, la victoire de Philippe II est éclatante. Ce triomphe militaire consolide son autorité et place la monarchie capétienne en position dominante en Europe. Par sa portée politique et symbolique, Bouvines devient un jalon majeur dans l’affirmation de l’État royal et le renforcement de l’unité du royaume de France.

Conséquences de la bataille de Bouvines

La bataille de Bouvines, remportée le 27 juillet 1214 par Philippe II, marque un tournant décisif dans l’histoire de la France et de l’Europe médiévale. En écrasant la coalition anglo-germano-flamande, le roi de France assoit son autorité sur le royaume et renforce considérablement la dynastie capétienne. Cette victoire militaire consolide les frontières françaises et met un terme aux ambitions d’Otton IV, qui perd son prestige et bientôt sa couronne impériale. Sur le plan intérieur, Bouvines accroît le prestige de Philippe II, transformant son règne en modèle d’une monarchie forte et légitime. L’unité du royaume en sort grandie, et la victoire contribue à affaiblir les velléités d’indépendance de certains grands seigneurs. Après des décennies d’instabilité, le danger Plantagenêt est désormais repoussé hors des frontières, hormis un résidu anglais en Aquitaine.

La bataille de Bouvines est entrée dans l’Histoire par la grande porte, désormais considérée comme l’une des plus grandes batailles de l’Histoire de France. Pour de nombreux historiens, sa portée symbolique en a fait l’acte fondateur de la France, en tant que nation moderne. Bien qu’il soit difficile, et sans doute peu pertinent, de dater le moment où le royaume franc est devenu la France, la bataille de Bouvines revêt une importance colossale dans l’Histoire. Elle ponctue l’oeuvre remarquable de Philippe II, ce guerrier redoutable et ce tacticien hors pair, autrefois roi des Francs, désormais roi des Français. Après Bouvines, Philippe II sera appelé Philippe Auguste, un surnom qui rappellerait la gloire et le prestige du premier empereur romain. Une comparaison pas si anodine…

Philippe II dit Auguste
Philippe II, désormais Philippe Auguste

Pour en savoir plus sur la bataille de Bouvines

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