Moments d'Histoire

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Les prisons au Moyen-Âge

Vers 1468, Jean de la Balue, évêque puis cardinal, est emprisonné sur ordre du roi Valois Louis XI sur fond de trahison, au château de Loches. On dit qu’il a été jeté dans une cage de fer, les mains et les pieds enchaînés. Il aurait pactisé avec l’ennemi juré du roi, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Jean de la Balue passera 11 ans enchaîné dans cette cage de fer. Les chroniqueurs nous feraient presque croire à une époque médiévale sombre et violente. Ces cages de fer, on les appelle les fillettes du roi. Les chroniqueurs contemporains de Louis XI n’hésitent pas à décrire ces cages de fer dans lesquelles le roi emprisonnerait sans scrupule ses opposants politiques. Cette histoire que je viens de vous raconter participe de la légende noire du roi Louis XI. Et comme toute légende, elle est éloignée de la réalité.

Jean de la Balue
Louis XI visitant Jean de la Balue, emprisonné pour avoir fait alliance avec Charles le Téméraire

Cette petite anecdote reflète à quel point l’emprisonnement au Moyen-Âge est complexe à étudier. Nous avons tous en tête des représentations fantasmée, comme les oubliettes ou les cachots. Et si je vous disais que les oubliettes n’ont que très peu existé ? Les prisons au Moyen-Âge n’ont rien de très formel. Nous sommes bien loin d’observer une organisation carcérale structurée et efficace. En réalité, les prisons telles que nous les connaissons, c’est-à-dire en succession de cellules, n’existent pas ou peu. Des études archéologiques réalisées à la fin du XXe siècle tendent même à montrer que certains lieux d’enfermement, comme les oubliettes, étaient très peu fréquents. Découvrons ensemble l’histoire des prisons au Moyen-Âge !

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la prison au sens moderne du terme n’existe pas. Au Moyen-Âge, pas de grands bâtiments abritant une succession de cellules, pas d’administration pénitentiaire. Exception cependant au Grand Châtelet de Paris. Pour comprendre cette réalité, il faut bien se rappeler qu’au Moyen-Âge, en France tout particulièrement, l’emprisonnement n’est pas considéré comme une peine. Il s’agit principalement d’une détention provisoire dans l’attente d’un procès. Mais alors comment enferme-t-on les coupables ? Comment sont les prisons au Moyen-Âge ? Et bien comme souvent à l’époque médiévale, on fait comme on peut. Autrement dit, tout lieu qui peut enfermer un individu entre ses murs est susceptible de servir de prison.

Le Grand Châtelet de Paris en 1800
Le Grand Châtelet de Paris vers 1800

Bien entendu, certains lieux vont avoir plus de succès que d’autres, comme les tours de châteaux, d’où il est plus difficile de s’évader. On utilise aussi des beffrois, des caves, des locaux en tout genre ou encore des maisons. À Montauban, par exemple, les habitants de la ville avaient demandé au roi Louis XI la permission de construire une vraie prison car jusqu’à présent, les prévenus étaient enfermés dans une maison d’où il était très facile de s’évader. Dans son ouvrage, Matérialité, acteurs et usages des prisons de Tournai à la fin du Moyen Âge : un état des lieux, Florian Mariage explique que « dans ce royaume de l’improvisation, du recyclage et de l’économie, tout local solidement construit peut faire l’affaire ; idéalement, il sera en pierre et doté d’un minimum d’ouvertures pour limiter les tentatives d’évasion et de communication avec l’extérieur, mais suffisamment ventilé quand même pour permettre une certaine salubrité des lieux afin de maintenir les prisonniers en bonne santé. ». Finalement, c’est ça la réalité des prisons au Moyen-Âge.

Les fausses représentations sur les prisons au Moyen-Âge

Mais alors, d’où nous viennent ces images des cachots, des oubliettes ou encore des cages de fer ? Il y a une part de vrai dans tout cela, bien sûr. L’enjeu est alors de tenter de démêler le vrai du faux concernant ces lieux d’emprisonnement fantasmagoriques qui sont entrés dans notre imaginaire. Commençons par les bien connues oubliettes, ces grands trous, ces fosses sous les châteaux où l’on jetait les condamnés pour qu’ils soient oubliés de tous. D’où l’expression « tomber aux oubliettes ». En fait, les oubliettes n’ont jamais existé. Certes, il est probable qu’il y ait eu des oubliettes à certains endroits, comme dans la forteresse de Blandy-les-Tours en Seine-et-Marne actuelle. Cependant, il ne s’agit que de cas isolés, et même pas véritablement attestés. L’image médiévale qui veut que l’on jette les coupables aux oubliettes est bel et bien fausse, ou du moins erronée. Les oubliettes sont un fantasme. Bien souvent, ce que l’on croit être des oubliettes ne sont que des cachots ou bien des glaciaires dans lesquelles était entreposée de la nourriture. Par exemple, on a longtemps cru qu’il y avait des oubliettes dans les sous-sols de la Bastille. On y avait décelé une forme conique qui empêchait les prisonniers de s’asseoir, de s’allonger ou de se tenir debout. Là encore c’est raté, ce n’était qu’une glacière.

Les cachots, quant à eux, ont eu une existence certaine, mais bien moins fascinante qu’on ne l’imagine. En réalité, les cachots étaient des sortes de fosses creusées sous un édifice important, comme un château ou une cathédrale. Dans un cachot, il est impossible de se tenir debout ou allongé. Vous vous en doutez, les conditions de détention n’étaient pas très confortables. Parlons ensuite des geôles. Les geôles sont des sortes de cellule pouvant se situer aussi bien en hauteur qu’au sous-sol. On les trouve assez souvent dans des tours, sous les combles. Les geôles ne suivent pas de règle précise. Leur dimension, les conditions de détention, la salubrité ou encore l’emplacement sont différents selon les cas.

Prisons Moyen-Âge

Enfin, il existe un dernier mythe concernant les prisons au Moyen-Âge : celui des cages de fer, évoquées en introduction. Petite précision, ces cages sont en bois, mais scellées par une armature en fer. L’existence des cages remonte à l’Antiquité et n’est pas une caractéristique singulière du Moyen-Âge. De même, elles n’étaient pas toutes exiguës au point de contraindre le prisonnier à se tenir recroquevillé. Bien au contraire, les conditions de détention étaient souvent meilleures que celles des autres prisonniers. Par exemple, la cage de fer dans laquelle aurait été placé Jean de la Balue sur ordre de Louis XI était suffisamment haute pour qu’il puisse se tenir debout. Dans celle de l’évêque de Verdun, à la même époque, il y avait même un lit ! Les cages ne sont en rien le reflet d’une quelconque cruauté du pouvoir. Autre aspect intéressant avec les cages, il arrivait qu’elles soient bougées et déplacées dans les villes pour exhiber le prévenu aux yeux de tous. Le but de cette humiliation publique est évidemment de dissuader quiconque voudrait jouer avec la justice.

Exemple de cage de fer à l'époque médiévale

Les conditions de vie dans les prisons au Moyen-Âge

Même si les cachots et les oubliettes relèvent davantage de la croyance populaire que de la vérité historique, il n’en reste pas moins que les conditions de détention des prévenus dans les prisons au Moyen-Âge étaient loin d’être idéales. L’une des principales épreuves endurées par les prisonniers était le froid. Les prisonniers se voyaient parfois délivrer des vêtement supplémentaires ou même du charbon de bois pour allumer un feu. Contrairement à une idée reçue, il faisait moins froid dans les fosses que dans les tours en période de gel. En revanche, l’humidité était bien plus importante dans les fosses. Par exemple, Charles d’Armagnac, seigneur qui s’est opposé au roi Louis XI, a été enfermé dans la Bastille dans des conditions terribles. Il raconte que de l’eau envahissait les fosses et qu’il lui arrivait d’avoir de la boue jusqu’aux genoux.

Le manque d’aération était aussi un vrai problème pour les prisonniers. C’est pour cela qu’il arrivait qu’on les sorte pour qu’ils prennent l’air. Autrement, ils risquaient d’attraper des maladies et potentiellement de mourir. Bien sûr, les conditions de détention dépendaient en grande partie du statut du prisonnier. Un noble n’étaient évidemment pas traité de la même manière qu’un simple paysan par exemple. Les conditions d’incarcération peuvent aussi dépendre du « casier judiciaire » du prévenu. Un récidiviste sera traité avec bien moins d’attention.

Conclusion

Bon, vous l’avez compris, mais parler des prisons au Moyen-Âge n’est pas chose aisée. Il faudrait sans doute procéder à des analyses locales, tant les disparités entre les territoires sont importantes. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les prisons au Moyen-Âge ne relèvent pas d’un système organisé et uniforme. Loin de là. En fait, il faudrait davantage parler de lieux d’emprisonnements plutôt que de prisons, au risque de confondre avec l’institution pénitentiaire. Les images que l’on a des prisons au Moyen-Âge, comme les oubliettes et les cachots, ne doivent pas occulter la réalité, qui est que les emprisonnement ont été moins fréquents qu’on ne l’imagine. Si l’on cherche à trouver les premières prisons au sens moderne du terme, c’est en Angleterre ou en Italie qu’il faut aller, là où, au XIVe siècle, on voit émerger de véritables édifices carcéraux, bien avant la France. Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour en savoir plus sur les prisons au Moyen-Âge

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