Moments d'Histoire

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John Fitzgerald Kennedy : entre mythe et réalité

35ème président des États-Unis d’Amérique, John Fitzgerald Kennedy, surnommé JFK, est surtout connu par rapport aux circonstances tragiques qui entourent sa mort en 1963, seulement deux ans après avoir été élu président. En effet, l’assassinat de JFK ouvre la voie à de nombreuses théories du complot qui alimenteront tous les fantasmes. 

Sa rhétorique, son charisme et sa jeunesse font de lui un président populaire autour duquel se crée un véritable mythe. De nos jours, ce mythe perdure malgré un bilan politique en demi-teinte et de nombreux scandales. Ses frasques conjugales, les ambitions de sa famille ainsi que ses idées progressistes font de lui un personnage sulfureux, controversé et détonnant dans le paysage politique américain. 

John Fitzgerald Kennedy
Portrait de John Fitzgerald Kennedy

Entre fascination et controverses, JFK incarne une véritable légende, reflet d’une Amérique rêvée et symbole d’une époque prospère. Il convient alors de se pencher sur les zones d’ombre qui entourent cette figure emblématique pour mieux saisir la place du président Kennedy dans l’imaginaire américain. La vérité historique ne peut être appréhendée qu’au-delà du mythe qu’il incarne. 

Biographie de JFK et moments forts

Le clan Kennedy

Surnommé Jack, John Fitzgerald Kennedy naît en 1917 dans le Massachusetts. Il est le cadet d’une fratrie de neuf enfants issus de l’union de Rose Fitzgerald et de Joseph Kennedy, deux catholiques irlandais. Son père nourrit de fortes ambitions politiques pour ses enfants. Cependant, une malédiction semble planer sur le « clan Kennedy »

Sa sœur Rosemary finit handicapée mentale après avoir subi une lobotomie. Son autre sœur Kathleen meurt dans un accident d’avion. Enfin, son frère aîné meurt prématurément lors d’une mission expérimentale pendant la Seconde guerre mondiale. Sa mort conduit Joseph Kennedy à revoir ses projets pour John qu’il destinait à une carrière de journaliste. Ainsi, John poursuit plutôt une carrière de politicien. L’histoire est en marche.

JFK : un héros de guerre ?

Lors de sa campagne présidentielle, JFK jouit d’une image de héros de guerre du Pacifique. En 1943, jeune lieutenant de l’US Navy, Kennedy est aux commandes d’une vedette lance-torpille qui se retrouve percutée par un destroyer japonais. JFK réussit à sauver un membre de son équipage en nageant plusieurs kilomètres jusqu’à se réfugier sur une île pour prendre contact avec un poste d’observation afin d’être secouru. Il faut bien noter que Kennedy avait manifesté le désir de s’engager en 1941, mais qu’il avait été déclaré inapte en raison de problèmes de santé. C’est Joseph, son père, qui intervient afin qu’il intègre l’US Navy. Il recevra pour cet acte de bravoure la Navy and Marine Corps Medal. 

Joseph Kennedy
Joseph Kennedy

La carrière militaire de Kennedy est essentielle afin de comprendre la stratégie qui lui a permis de gagner les élections contre Richard Nixon en 1960. En capitalisant sur cet acte héroïque, Kennedy a pu se présenter comme un candidat jeune et dynamique qui a combattu l’ennemi japonais et défendu son pays. Nixon, lui aussi engagé dans la Marine, n’a pas participé aux combats et n’a jamais été confronté directement à l’ennemi. 

Cependant, même si l’on ne peut pas nier le courage de Kennedy après le naufrage, son étiquette de héros de guerre est écornée par la part de responsabilité qu’il aurait eu dans ce naufrage. En effet, les autres vedettes lance-torpilles présentes n’ont pas été percutées par le destroyer japonais. Kennedy aurait été tout simplement en train de dormir pendant l’impact et n’aurait pas réussi à manœuvrer correctement. Cette énorme erreur aurait été passée sous silence dans les médias pour ne conserver que l’acte héroïque du futur candidat à la présidentielle. 

Héros de guerre ou simplement lieutenant inexpérimenté, peu importe la vérité, l’histoire retiendra l’héroïsme de Kennedy qui propulsera sa carrière politique. 

Le mariage de « Jack » et Jackie

En 1953, John épouse Jackie qui deviendra la première dame des États-Unis. Jacqueline Bouvier est issue d’une famille de la haute société américaine. Le couple devient rapidement emblématique. Ils ont quatre enfants, dont une fille mort-née et un fils né prématurément qui mourra d’une malformation. Discrète, élégante, cultivée, Jackie Kennedy devient aux côtés de son époux une véritable icône. 

JFK et Jackie Kennedy
JFK et Jackie Kennedy

Cependant, les nombreuses relations extra-conjugales de JFK dont la plus célèbre est sa relation avec la célèbre Marilyn Monroe, entachent leur image de couple modèle. Jackie a toujours fait en sorte d’éviter tout scandale qui pourrait vraiment nuire à leur réputation. Les liaisons imprudentes de Kennedy avec la pègre et ses infidélités mettent en avant un président faillible et immature dans la sphère privée. Un biographe de JFK, Larry Sabato, dira même : Kennedy est devenu une légende, il aurait préféré être un homme

Carrière politique et élection présidentielle de 1960

Du Congrès américain au Sénat : l’ascension de JFK

JFK est élu en 1946 à la Chambre des représentants, puis réélu deux fois. Il siège au Congrès américain en tant que sénateur du Massachusetts à partir de 1952. Il échoue de peu à être élu en 1956 à la vice-présidence de la convention démocrate. Néanmoins, cette campagne lui apportera une large visibilité avant sa candidature à la présidentielle. Cet échec s’avère être une aubaine pour JFK. De jeune catholique encore méconnu, JFK est propulsé au rang d’étoile montante en politique.

Kennedy vs Nixon : le choc télévisé

L’élection présidentielle de 1960 se cristallise autour du débat télévisé mythique entre Nixon, vice-président à l’époque, et Kennedy, jeune sénateur du Massachusetts. C’est la première fois que des candidats à la présidentielle s’affrontent à la télévision en direct. Kennedy fait preuve d’une aisance naturelle devant la caméra qui va charmer les téléspectateurs. Alors que Nixon était pressenti comme favori en raison de son expérience, la stratégie de l’image de JFK finit par payer.

Kennedy-Nixon : débat
Image du débat entre Richard Nixon et John Kennedy

Ce débat met en avant le rôle désormais primordial de la communication politique moderne à travers des moyens comme la télévision. Kennedy se présente comme un père de famille, ancien héros de guerre engagé en faveur de l’égalité. Les États-Unis entrent dans l’ère des médias en politique et des sondages, où un débat télévisé peut tout faire basculer. JFK doit-il sa victoire à la télévision ? Encore une fois, cette hypothèse a permis de nourrir le mythe de JFK. Il ne faut pas oublier que sa victoire s’est jouée à seulement 0,17% des voix. 

Le Président Kennedy, un idéaliste sans illusion ?

Le concept de la Nouvelle Frontière et la course à l’espace

Lors de son investiture à la convention du parti démocrate, JFK livre un discours qui restera célèbre. Ce discours s’articule autour de la notion de la Nouvelle Frontière. Il prononcera notamment cette phrase : « Mais je vous dis que nous sommes devant une Nouvelle Frontière, que nous le voulions ou non. Au-delà de cette frontière, s’étendent les domaines inexplorés de la science et de l’espace, la course à l’espace ». 

Kennedy projette de donner plus de moyens à la défense nationale et notamment de développer la NASA dans la course à l’espace avec le bloc soviétique. Fondamentalement américaine, cette idée de Nouvelle Frontière s’inspire des pionniers qui s’aventuraient à l’Ouest du pays au 19ème siècle. Cette frontière n’est pas physique, mais scientifique. L’espace représente un enjeu majeur dans la rivalité entre l’URSS et les États-Unis. Ainsi, Kennedy repousse toujours plus loin les limites naturelles des États-Unis à travers la conquête spatiale. Optimiste, inspirant, ambitieux, le discours de la Nouvelle Frontière de JFK incarne parfaitement les valeurs de Kennedy. 

Le Mouvement des Droits Civiques : JFK et Martin Luther King

Connu pour son charisme et sa rhétorique, JFK donne un autre discours qui porte sur les droits civiques en 1963. JFK propose à l’issue de ce discours le Civil Right Act de 1964 qui cherche à mettre fin à toute forme de discrimination qu’elle soit basée sur la couleur de peau, la religion, le sexe ou l’origine. Cependant, l’Histoire retiendra le nom de son successeur, Lyndon Johnson, qui mettra en œuvre les textes sur les droits civiques, même si c’est bien JFK qui en a dessiné les contours. 

Le nom de famille Kennedy est souvent associé à Martin Luther King, une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation aux États-Unis. En 1960, MLK se retrouve en prison suite à une manifestation organisée à Atlanta. La femme de Martin Luther King décide de joindre les candidats à l’élection présidentielle afin de le faire libérer. JFK sera l’homme de la situation et King sortira de prison peu de temps après. JFK a été largement soutenu par la population afro-américaine lors des élections de 1960. Il a pu bénéficier de leur vote pour gagner les élections.

Martin Luther King
Martin Luther King

Kennedy et le Viêt Nam : quelle est sa part de responsabilité ?

On n’oublie souvent que JFK a joué un rôle dans l’escalade de la violence au Vietnam en envoyant de nombreux conseillers dès son arrivée à la Maison Blanche. Dans les années 1950, les États-Unis avaient soutenu et financé la guerre engagée par la France en Indochine. Influencé par la théorie de l’endiguement, le Vietnam devient rapidement une source d’inquiétude pour Kennedy lorsque le pays se retrouve coupé en deux avec le Sud du Vietnam sous influence américaine et le Nord du Vietnam communiste

C’est surtout lors de l’année 1963 que tout s’accélère. Kennedy soutient le coup d’État au Sud du Vietnam et le nombre de militaires passe de quelques centaines à 16000. Peut-on dire pour autant que c’est JFK qui a initié la guerre du Vietnam ? La position de Kennedy était ambiguë, il n’était pas vraiment partisan d’une intervention, mais il voulait tout de même maintenir les troupes américaines au Vietnam. La question qui taraude les historiens est de savoir si JFK prévoyait vraiment à terme de se retirer du Vietnam comme il le prétendait. Cette interrogation restera en suspens. 

Guerre du Vietnam

Kennedy dans la Guerre froide

Le mur de Berlin et le discours mythique de JFK

Le mur de Berlin est construit dans la nuit du 12 au 13 août 1961. Symbole de la guerre froide, ce dispositif destiné à empêcher l’exode des habitants est construit pendant la présidence de Kennedy. Le mur de Berlin fait étroitement partie du mythe de JFK. Sa visite en 1963 en RDA (République Démocratique allemande) est accompagnée d’un célèbre discours où il prononcera maladroitement « Ich bin ein Berliner ». Dans ce discours, Kennedy se montre ferme et foncièrement anticommuniste. Il critique avec véhémence le modèle de la RFA (République Fédérale allemande) sous le joug de l’URSS. Avec JFK, le discours devient une arme et traduit une prise de position personnelle. Le discours de Berlin de JFK met en avant toute l’importance idéologique que revêt la guerre froide.

Kennedy discours Berlin

La baie des cochons ou le pari raté de JFK

Le 17 avril 1961, en plein cœur de la guerre froide, près de 2000 exilés cubains débarquent à la Baie de Cochons à Cuba afin de tenter de renverser Fidel Castro avec l’aide de la CIA. Soutenu par l’URSS, Cuba devient un régime communiste aux portes des États-Unis. Effet de surprise raté, mauvaise préparation ou encore fuite d’informations secrètes et changement de dernière minute du lieu du débarquement, rien ne se passe comme prévu. Cette mission se solde par un échec cuisant pour les États-Unis. La majorité des Cubains anticastristes qui ont débarqué se retrouve emprisonnée. Kennedy devra négocier leur libération avec Castro. Cela affecte énormément l’image de Kennedy notamment en Amérique Latine et débouche sur la crise des missiles quelques mois plus tard. 

La crise des missiles de Cuba et la détente

La politique étrangère de Kennedy a été qualifiée de « diplomatie au bord du gouffre » notamment à travers l’exemple de la crise de Cuba et l’escalade des tensions. La crise des missiles de Cuba est une crise militaire et diplomatique entre le bloc soviétique et le bloc occidental qui représente l’apogée des tensions lors de la guerre froide. En octobre 1962, JFK est averti que des missiles nucléaires sont installés par les Soviétiques près des côtes cubaines. Le danger d’une guerre nucléaire semble devenir palpable, imminent et inévitable. Mais, une guerre nucléaire est-elle possible ? 

JFK déclare un blocus autour de l’île de Cuba. Les Américains vivent une véritable période de terreur qui durera une dizaine de jours. JFK choisit de ne pas attaquer Cuba comme certains de ses conseillers le suggéraient. La négociation et la diplomatie priment. Kennedy s’engage à retirer les missiles américains présents en Turquie et à ne pas envahir Cuba en échange du retrait des missiles présents sur l’île. Ensuite, Kennedy et Khrouchtchev mettent en place le fameux téléphone rouge qui amorce le début de la période de la Détente

L’assassinat de Kennedy

Lee Harvey Oswald ou celui qui a changé le cours de l’Histoire

L’assassinat de JFK est un moment charnière des années 1960 aux États-Unis. Nous sommes à Dallas le 22 novembre 1963. Le cortège du président Kennedy passe dans le centre-ville sur Dealey Plaza. Jackie Kennedy porte un tailleur rose qui deviendra tragiquement célèbre. JFK est assis à côté d’elle dans une voiture décapotable qui roule lentement au milieu de la foule. 12h30, les coups de feu se font entendre. Le président est mortellement touché à la tête. Abraham Zapruder est présent dans la foule avec sa caméra. Il enregistrera l’un des films les plus connus : celui de l’assassinat de JFK

13h, le président est déclaré mort officiellement. Une heure plus tard, son vice-président Lyndon Johnson devient le nouveau président des États-Unis. Entre temps, un agent de police est assassiné. Le tueur se réfugie dans un cinéma où il est appréhendé, puis mis en garde à vue. C’est Lee Harvey Oswald, un soldat de la Marine américaine fervent défenseur des idées communistes. Il s’est très vite intéressé au marxisme et a vécu trois ans en URSS où il a rencontré notamment sa femme. L’affaire connaît un ultime rebondissement quand Jack Ruby, un propriétaire de boîte de nuit de Dallas assassine Lee Harvey Oswald. Deux questions demeurent. Pourquoi Lee Harvey Oswald a tué le président Kennedy ? Et surtout a-t-il agi seul ? La mort de Lee Harvey Oswald ne permettra pas d’apporter de réponses et nourrira toutes sortes de théories. 

Lee Harvey Oswald
Lee Harvey Oswald

La Commission Warren

L’assassinat de JFK fait l’objet de nombreuses spéculations. Afin de mettre un terme aux théories qui cherchent à faire la lumière sur les circonstances de la mort du Président des États-Unis, une Commission d’enquête est menée par le Congrès. Cette Commission porte le nom de Commission Warren en l’honneur du président de la Cour suprême qui la présidera. L’enquête dure 10 mois et conclut que Lee Harvey Oswald est le seul coupable de l’assassinat de JFK. Les méthodes employées et les résultats ont fait l’objet de nombreuses critiques qui ont alimenté les controverses. CIA, Mafia, URSS, FBI ou encore les anticastristes et Lyndon Johnson, les théories du complot prospèrent et la majorité des Américains rejettent la conclusion de la Commission Warren. L’assassinat de JFK restera un mystère non élucidé

L'héritage de Kennedy

JFK a marqué l’histoire que cela soit par sa maîtrise de l’image, ses discours ou encore sa mort tragique. Il a incarné les idéaux d’une Amérique prospère et tournée vers l’avenir. La présidence de Kennedy a été courte, mais il demeurera à jamais le premier jeune président moderne et accessible qui a su se frayer un chemin dans le cœur des Américains. Si d’un point de vue politique ses décisions laissent à désirer notamment en termes de politique étrangère, Kennedy restera le président héroïque qui a su désamorcer la crise de Cuba. Il sera toujours le président qui a œuvré pour les droits civiques et qui avait le regard tourné vers l’espace.

Le mythe de JFK se cristallise autour de cette phrase : « ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Dans l’imaginaire collectif, on retiendra volontiers la légende Kennedy plutôt que la véritable histoire.

Pour en savoir plus sur John Kennedy

  • Martinez, Frédéric, John Fitzgerald Kennedy, Tempus, 2017
  • Lentz, Thierry, L’assassinat de Kennedy, histoire d’un mythe d’État, Nouveau Monde Éditions, 2019
  • Guillaumin, Maud, Jackie, une femme d’influence, Archipoche, 2019
  • John Fitzgerald Kennedy, (2022), dans Wikipédia
  • John Fitzgerald Kennedy, dans Herodote.net

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